Le paysage, les radios, les télévisions

 Un paysage divers, structuré et riche de potentiels

Le Sénégal est un pays qui compte aujourd’hui avec un paysage audiovisuel conséquent, relativement équilibré et mature. En effet, à la veille du passage au numérique, le paysage audiovisuel du Sénégal, en décembre 2012, est constitué d’une radio et une télévision de service public dotées chacune de plusieurs chaînes ; une quinzaine de chaînes de télévision privées ; quatre distributeurs de services audiovisuels ; et plus de deux cents stations de radios privées commerciales et communautaires. Une dizaine de promoteurs de télévisions disposent de fréquences hertziennes mais n’ont pas encore démarré l’exploitation. Enfin, une vingtaine de médias en ligne existe. Tous ces médias sont regroupés en organisations professionnelles qui permettent des actions collectives structurées.

La marche démocratique du Sénégal a cheminé de façon indissociable avec l’expansion des moyens de mise en œuvre du droit fondamental de la liberté d’expression. Du premier émetteur de radiodiffusion installé au Port maritime de  Dakar dans les années 40, faisant du Sénégal  le premier pays d’Afrique noire francophone à disposer d’une radio, à la télévision introduite en 1963 avec l’assistance de l’UNESCO, jusqu’à la naissance de stations de radio privées, des évolutions remarquables ont été notées. Elles sont autant la marque de l’initiative privée, citoyenne, que l’expression de la volonté la politique d’ouverture médiatique ou encore dans l’encadrement juridique de ce secteur.

La libéralisation progressive du secteur de la télévision à partir de 1991, pour les chaînes de télévision par satellite et de la radio à partir de 1994, a permis à des groupes de communication privés de se positionner sur ces nouveaux marchés. Profitant des évolutions technologiques rapides, ils ont connu une forte croissance. Les chaînes de télévision étrangères et stations de radio privées sénégalaises ont conquis une large partie du public sénégalais.

Ces dix dernières années, le secteur s’est considérablement élargi, le nombre de chaînes de télévision a augmenté et  leur couverture s’est renforcée. Elles émettent sur toute l’étendue du territoire national grâce à une vision volontariste de couverture de toutes les régions du pays, autant de la part du service public que des promoteurs privés.

La Radio Télévision Sénégalaise (RTS) dispose d’un réseau d’une vingtaine de stations à travers le pays. Trois groupes multimédias privés sont implantés dans la capitale, avec chacun une dizaine, voire une quinzaine, de stations relais dans pratiquement toutes les régions. Diverses radios privées commerciales ont vu le jour dans les régions autres que Dakar et y développent leurs activités depuis des années. Une centaine de radios communautaires et Centres multimédias Communautaires (CMC) pourvoit à un maillage et une couverture réels du territoire national. Une radio de jeunes en banlieue de Dakar et une radio de femmes à Dakar opèrent depuis une dizaine d’années.

Un paysage, fut-il audiovisuel, n’est pas qu’un territoire. Il est un espace vivant qui abrite et croise des perspectives, des points de vue. Ceux des promoteurs audiovisuels, ceux des auditeurs et téléspectateurs, ceux des gouvernants. Seule la sensibilité à l’esthétique d’un paysage apaisé peut favoriser  le concert des points de vue.

Un panorama

Et pourtant, à l’esthétique d’un paysage, il nous faudra préférer la réalité vivante, turbulente et féconde d’un panorama. Car le panorama médiatique sénégalais impose aux acteurs une vision dynamique des choses, le paysage étant en constante évolution chargé de son passé, sage de sa propre écologie et déjà riche de son devenir. Or, le paysage s’apparente à tantôt à un jardin, tantôt à une savane épineuse, tantôt à une brousse féconde et désordonnée. Dans un tel enchevêtrement, le consommateur d’information a besoin de repères.

L’environnement du secteur souffre de carences liées à l’organisation de la programmation audiovisuelle, la production, la formation, la définition et l’accès aux métiers de l’audiovisuel, l’organisation approximative du marché publicitaire. L’environnement économique peu favorable, l’écologie propre du secteur ont donné cours à une sélection naturelle qui pourrait être moins féroce. Réorganiser la régulation du marché publicitaire dans l’audiovisuel est devenu un impératif. Ces différents aspects méritent une réflexion approfondie et inclusive.

Les conditions d’assignation de fréquences relèvent de l’appréciation discrétionnaire du ministère en charge du secteur de la communication. Les cahiers de charges, bréviaires des obligations et engagements des titulaires d’autorisation d’exploitation et de diffusion de programmes audiovisuels sont élaborés par  l’autorité publique en charge du secteur de l’audiovisuel. Le contenu de ces cahiers de charges peine à connaître une application correcte par les opérateurs audiovisuels.

L’autorité de régulation est chargée de veiller au respect par tous les acteurs des règles, principes et stipulations contractuelles prévus pour encadrer l’activité du secteur audiovisuel. Pourtant, elle n’intervient dans aucune étape du processus d’assignation de fréquence, de la signature de la convention de concession et l’élaboration des cahiers de charges. Son rôle est limité au contrôle et à la sanction. Des passerelles de communication et d’échanges avec les autres acteurs institutionnels attendent d’être formalisés, éprouvés pour offrir un cadre harmonisé de développement de l’audiovisuel. La radio et la télévision sur Internet, et même sur les téléphones portables, sont déjà là, ce qui induit nécessairement un réajustement de la réglementation et une réorientation de la politique de régulation, tant du point vue de la concurrence que des contenus programmatiques.

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